Combien de sources pour une rivière ?
Le cycle du Célé, dans sa traversée des Causses du Quercy, est très influencé par l'apport des nombreuses résurgences qui drainent les eaux de cet immense « réservoir calcaire ».
Mais de quelle façon ces sources alimentent-elles précisément la rivière ? C'est la question sur laquelle travaille Lucie Noguera, dont la thèse en cours, intitulée « identification et quantification des échanges karst et rivière par caractérisation physique et chimique de la vallée du Célé », va apporter des précisions.
« Mon travail consiste à localiser ces sources, qu'elles soient en surface ou entièrement souterraines, et à connaître leur débit ainsi que leur composition hydrochimique, pour déterminer leur influence sur la rivière », explique la chercheuse, employée par le Parc naturel régional des Causses du Quercy et rattachée aux laboratoires I2M et EPOC de Bordeaux. Ce sont de nombreux prélèvements hydrochimiques, complétés par des relevés thermiques, qui lui permettent de localiser et d'analyser ces résurgences.
On pourrait croire ce terrain déjà connu. « Il y a encore peu de données, affirme Lucie Noguera, seules deux stations mesurent le débit, à Figeac et au Liauzu, et la plupart des prélèvements sont bactériologiques et ne sont pas utiles pour cette étude. »
Les gestionnaires de la ressource en eau avaient donc besoin de connaissances supplémentaires. Cette thèse sera d'ailleurs une base pour d'autres études et pour permettre des modélisations dans la perspective du changement climatique : quels niveaux d'eaux de surface, quelle température du Célé, quelle quantité d'eau potable à venir... ?
Ce travail a par exemple déjà permis d'identifier une source encore inconnue, à Brengues. A flanc de falaise, dans un endroit difficile d'accès, elle aurait à priori un double fonctionnement : selon les périodes, elle alimenterait le Célé et à d'autres, les eaux de celui-ci s'y perdraient. « Elle semble pérenne et serait immergée huit mois dans l'année, précise la chercheuse. Son bassin d'alimentation n'est pas encore délimité mais elle pourrait être connectée à celui de la Source bleue à Sainte-Eulalie. » On soupçonne aussi la présence de plusieurs sources souterraines et immergées comme celle du Ressel à Marcilhac.
Son travail d'analyse portant sur douze sources, Lucie Noguera en identifie au moins une quinzaine. « Leur pourcentage d'apport aux eaux du Célé reste encore difficile à préciser, prévient-elle : cela varie énormément selon les périodes et dépend de beaucoup de paramètres. » Un travail au long cours dont cette thèse n'est que la première partie. Mais qui en 2024 a déjà pu constater l'apport très important de ces sources entre Figeac et Orniac.
Légende carte :
Les 12 sources prélevées mensuellement ainsi que le chevelu de ruisseaux alimentant le Célé qui se perdent en arrivant sur les terrains karstiques des Causses et réalimentent par le souterrain certaines exsurgences de la vallée.
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