Habiter la falaise
Jacques et Hannelore Fanielle nous ouvrent les portes de leur maison, emblématique d'un habitat singulier de la vallée : les maisons semi-troglodytiques.
Saint-Sulpice
Jacques Fanielle
Chez Jacques et Hannelore Fanielle, la largeur des pièces dépend de la falaise. Chacune s'adapte à son pan de rocher, dans cette maison qui a fait de la paroi calcaire son quatrième mur. Au rez-de-chaussée trône une coulée de calcite, ici une niche faisait office de réfrigérateur, là un abreuvoir creusé dans le rocher se remplit en hiver... « Il arrive que l'eau coule à l'intérieur. En été, c’est naturellement climatisé ! »
Le toit a fait l'économie d'une seule pente mais fait l'effort d'épouser la courbe de la paroi. La bâtisse exposée au sud, fichée sur une corniche entre deux falaises, profite d'une vue imprenable sur la vallée.
A Saint-Sulpice, plusieurs maisons semi-troglodytiques se sont implantées à la faveur du relief, à chaque extrémité du village. Ces constructions ou dépendances agricoles adossées aux falaises sont l'une des architectures emblématiques de la basse vallée du Célé, on en retrouve largement à Cabrerets. Des trous d'encastrement de pièces de bois marquent les parois de ces sites, signalant souvent une occupation importante, sans doute depuis des époques reculées.
Le voisin des Fanielle, propriétaire d'une maison similaire, possède également une petite grange semi-troglodytique encore couverte des rares vestiges d'un toit végétal, rénové il y a plusieurs décennies en paille de seigle.
« On dit que ces maisons sont les plus anciennes du village », relate Jacques. Il y a retrouvé des papiers datés de 1640, un linteau indique 1802. « Elle a été habitée jusqu'en 1943, elle abritait deux familles à une époque, elle a servi ensuite de grange, pour des usages agricoles... »
« Je me suis contenté de refaire les choses, de laisser en l'état le plus possible ». Franco-belge, Jacques a d'abord connu le Lot en vacances. En 1968, jeune homme venu découvrir la région, il tombe en admiration devant cette maison, ouverte et abandonnée ; « je reviendrais »,se dit-il. Lors de son passage l'année suivante, elle est en vente, il l'achète pour un prix modique et la restaure peu à peu. « Sinon, le propriétaire la rasait ».
Il a ensuite acquis le four communal à proximité, et la fontaine aménagée elle aussi dans la falaise. Un patrimoine qui fait l’émerveillement des marcheurs le long du GR 651, variante du Chemin de Compostelle.
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