Regards sur un bout de vallée
Passionné de sa vallée, enfant de Sauliac, Yves Segond raconte l'évolution de ce territoire et la place du Célé depuis l'après-guerre.
Sauliac-sur-Célé
Yves Segond
Enfant, Yves Segond habitait « au pont » de Sauliac : « le pont c'était le lieu de vie, de passage, et le Célé un voisin, un voisin mystérieux, des fois triste, capricieux ou joueur, comme un adolescent que surveillait le pont stable et toujours solide. ». Toute une jeunesse à la ferme familiale et quarante ans passés a créer et animer le Musée de plein air du Quercy de Cuzals ont fait de lui un observateur averti de la vallée. Curieux de nature, ce « passeur culturel » a créé l'exposition itinérante « Les gens, histoires et techniques », sur l'évolution des activités rurales au fil des temps, ainsi que d'autres supports pédagogiques.
« Mes grands-parents avaient trois hectares de terre et fournissaient du « plant » (tabac, betteraves...) aux cultivateurs des alentours. On pouvait faire vivre une famille avec deux hectares et demi. Il y a eu pendant longtemps une continuité des cultures vivrières, il y avait de tout : orge, avoine, seigle, maïs, vigne... Ça a disparu à partir des années 70. Avant, un champ de vallée, on y tenait, aujourd’hui c'est une terre à la limite convoitée mais plus jalousée. »
D'agricole, la vallée du Célé est devenue touristique. «Ici, une quinzaine de maisons appartenaient à des paysans, qui n'ont pas ou peu été remplacés. Beaucoup sont des résidences secondaires ou des logements touristiques. » « On ne peut pas dire qu'il y ait un tourisme de masse sur le Célé, plutôt « de la cueillette ». Mais la vallée connaît deux saisons opposées : un été pour lequel les routes ne sont pas assez larges, où le Célé n'a pas assez d'eau, et une vallée morte l'hiver, sans commerces, peu de locatif, où on est obligé de se déplacer vers des centres d'activité. Depuis les années 70, on a vu l'arrivée de familles déterminées à vivre dans cette campagne, mais on a peu à leur offrir, aujourd’hui les maisons sont très chères a l'achat ou à restaurer quand il en reste. »
Et la rivière ? « Elle est très présente, dans toutes les conversations, c'est un acteur majeur de la vallée, on en parle quand elle monte ou qu'elle descend, elle est toujours respectée... Le Célé avait des accès public, tous les deux ou trois cent mètres, et des gués. La pêche vivrière était importante jusque dans les années 50, on vendait le poisson aux gens du Causse ou au bus de passage. Avant, chaque maison avait une barque. »
L'arrivée de l'eau courante a beaucoup modifié le contact avec la rivière : « on n'y a plus mené s'abreuver les animaux, on n'a plus bu l’eau du Célé, et la lessive s'est faite à la maison ».
Yves a vu l'arrivée des premiers canoës dans les années 70, nouvelle activité touristique et économique, puis plus tard la pêche no kill. La baignade, il y en a toujours eu, « mais autrefois on disait aux enfants de ne pas y aller, tout le monde ne savait pas nager ».
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